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Al-Faruqi, Tawhid & humanisme

Al-Faruqi, TawhĂźd & humanisme

De nos jours, on a tendance Ă  vouloir rĂ©concilier tout et son contraire, au nom d’une certaine ouverture d’esprit et de l’humanisme. Ainsi, dit-on, que l’on soit de telle ou telle religion, mĂȘme laĂŻque, on converge tous vers les mĂȘmes « valeurs Â» et la mĂȘme « spiritualitĂ© Â».

On a tendance Ă  voir l’humanitĂ© passĂ©e et prĂ©sente selon deux grands blocs : ceux qui sont animĂ©s par une « spiritualitĂ© Â» et ceux qui se disent athĂ©es. Cette distinction est trop simpliste pour bien reprĂ©senter ce qui est commun et ce qui est diffĂ©rent dans la vision du monde qui anime les uns et les autres. Quel est le contenu de la « spiritualitĂ© Â» et de la vision de l’homme qui anime les uns et les autres ? 

Comparons l’humanisme grec, chrĂ©tien, hindou, bouddhiste et moderne, avant de pouvoir clarifier l’humanisme de l’islam. Dans la rĂ©flexion proposĂ©e ici, le terme « humanisme Â» est pris au sens gĂ©nĂ©ral de philosophie ou de vision de l’homme. Il n’est pas pris au sens de philosophie de l’homme particuliĂšre Ă  la modernitĂ©. 

L’humanisme grec, chrĂ©tien, hindou, bouddhiste et moderne

Depuis la Renaissance occidentale, l’humanisme moderne se base sur l’humanisme grec. Ce dernier se fonde sur un naturalisme excessif qui consiste Ă  diviniser l’homme, y compris ses vices. C’est pourquoi les Grecs ne voyaient pas d’anomalie en reprĂ©sentant les dieux avec des comportements et des vices humains : des dieux jaloux, qui se font la guerre, qui commettent l’adultĂšre ou l’inceste
 Les Grecs voient ces comportements ou ces passions comme aussi naturels que les vertus. Et comme ils ont tendance Ă  diviniser la nature, alors ils divinisent Ă©galement les injustices et le mal dont l’homme est capable. L’humanisme moderne est ambivalent : d’un cĂŽtĂ©, il reconnaĂźt Ă  chacun la dignitĂ© d’ĂȘtre humain et l’égalitĂ© de valeur. De l’autre, il pose la supĂ©rioritĂ© de l’homme moderne sur les autres ; il voit les autres comme des « sous-dĂ©veloppĂ©s Â» ; il est ethnocentrique en ce sens qu’il prend les blancs ou plus largement l’occident comme le centre du monde, comme le summum de l’histoire de l’humanitĂ©, comme l’origine et le futur de toute l’humanitĂ©. Et lorsqu’il reconnaĂźt la valeur des autres, c’est Ă  deux conditions : soit que l’autre lui ressemble, devienne une sorte de singe ou de perroquet qui l’imite ; soit que l’autre s’expose comme une forme de particularisme exotique : « Les autres croient comme ceci, mangent comme ceci
 Â» et jamais comme une rĂ©alitĂ© universelle. Ainsi, par exemple, les hamburgers de Macdonald se veulent universels tandis que le couscous, c’est l’alimentation des « autres Â». La robe blanche est universelle : elle doit ĂȘtre portĂ©e dans tout mariage. Par contre, la robe rouge de Chine ou d’Inde, le caftan de FĂšs, ou encore, le karakou d’Alger, ce sont de jolies robes qui appartiennent uniquement aux « autres Â». Bref, l’humanisme moderne classe les hommes sur terre en fonction d’un critĂšre ethnocentrique : sont-ils « modernes Â» ou « traditionnels Â», « civilisĂ©s Â» ou « sous-dĂ©veloppĂ©s Â», comme moi ou diffĂ©rents, soumis Ă  mon modĂšle « universel Â» ou rebelles
?

De son cĂŽtĂ©, dĂšs ses dĂ©buts, le christianisme se dĂ©veloppe comme une rĂ©action Ă  l’humanisme grĂ©co-romain. LĂ  oĂč l’humanisme grec divinise l’homme, l’humanisme chrĂ©tien le dĂ©valorise Ă  travers l’idĂ©e de « pĂ©chĂ© originel Â» qui devient la vĂ©ritĂ© permanente sur l’ĂȘtre humain : quoi que l’on fasse, on reste pĂ©cheur ; quels que soient ses efforts pour faire le bien et pour rĂ©sister au mal, on ne mĂ©rite pas le paradis par ses actions. Cette vision de l’homme Ă©tait nĂ©cessaire pour justifier l’idĂ©e d’un dieu qui s’incarne dans un homme – JĂ©sus – pour vivre et expier les pĂ©chĂ©s de tous les hommes. Comme le pĂ©chĂ© est un dĂ©faut absolu qui caractĂ©rise l’homme, seul un autre absolu – Dieu fait homme – peut l’en sauver Ă  travers sa propre crucifixion.

L’hindouisme, de son cĂŽtĂ©, classe les hommes selon des castes. La majoritĂ© fait partie de la classe infĂ©rieure des « intouchables Â» si elle est nĂ©e en Inde, ou des « malichta Â» si qui sont les personnes religieusement impures. Les personnes qui font partie des intouchables ou des malichta sont condamnĂ©es Ă  « rester Ă  leur place Â», sans jamais pouvoir progresser dans leurs droits. Les « Brahmans Â» sont la classe supĂ©rieure des privilĂ©giĂ©s. On peut changer de classe et de place uniquement aprĂšs la mort, Ă  travers la transmigration des Ăąmes. Par consĂ©quent, il ne sert Ă  rien de faire des efforts pour vivre selon la justice et la sagesse. Suivre l’éthique, c’est de toute façon aller vers une impasse car ça ne changera rien Ă  sa vie prĂ©sente. En fait, l’hindouisme, comme le bouddhisme, considĂšre toute vie humaine et toute autre vie dans la crĂ©ation comme une souffrance et une misĂšre sans fin. La vie est mauvaise en elle-mĂȘme. Le seul devoir de l’homme est de chercher Ă  s’en libĂ©rer par la discipline et l’effort mental.1

Ainsi, l’humanisme grec, chrĂ©tien, hindou, bouddhiste et moderne sont tous des formes de sĂ©paratisme : l’humanisme grec sĂ©pare le grec et le non-grec, le citoyen qui a des droits et l’esclave qui n’en a aucun ; l’humanisme chrĂ©tien, hindou et bouddhiste sĂ©pare l’homme des belles choses de la vie prĂ©sente et porte toute son attention sur « l’au-delĂ  Â» ; l’humanisme moderne sĂ©pare le « moderne Â» du « sous-dĂ©veloppĂ© Â», le « civilisĂ© Â» de celui qui « n’est pas encore entrĂ© dans l’Histoire Â»â€Š Ces diffĂ©rents humanismes sont donc aussi diffĂ©rentes formes de sĂ©paratismes sources d’injustice sur terre.

En quoi l’islam permet-il de rĂ©former et de dĂ©passer les erreurs qui se sont incrustĂ©es dans les diffĂ©rents humanismes ?

L’humanisme de l’islam

  • L’homme est responsable de tout ce qui se passe dans le cosmos

Le TawhĂźd affirme que l’homme a Ă©tĂ© créé de la meilleure des maniĂšres afin de servir Dieu :

« Nous avons certes créé l’homme dans la forme la plus parfaite Â» .

Coran 95 : 4

Ù„ÙŽÙ‚ÙŽŰŻÙ’ ŰźÙŽÙ„ÙŽÙ‚Ù’Ù†ÙŽŰ§ Ű§Ù„Ù’Ű„ÙÙ†ŰłÙŽŰ§Ù†ÙŽ فِي ŰŁÙŽŰ­Ù’ŰłÙŽÙ†Ù ŰȘَقْوِيمٍ

« Celui qui a rendu beau tout ce qu’Il a créé et qui a commencĂ© la crĂ©ation de l’homme Ă  partir de l’argile. Il a ensuite produit sa descendance Ă  partir d’un vil liquide. Puis Il l’a formĂ© harmonieusement et Il a insufflĂ© en lui de Son Esprit. Et Il a fait pour vous l’ouĂŻe, la vue et le cƓur. Comme vous ĂȘtes peu reconnaissants ! Â» .

Coran 32 : 7-9


Ű§Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙŠ ŰŁÙŽŰ­Ù’ŰłÙŽÙ†ÙŽ كُلَّ ŰŽÙŽÙŠÙ’ŰĄÙ ŰźÙŽÙ„ÙŽÙ‚ÙŽÙ‡Ù ۖ ÙˆÙŽŰšÙŽŰŻÙŽŰŁÙŽ ŰźÙŽÙ„Ù’Ù‚ÙŽ Ű§Ù„Ù’Ű„ÙÙ†ŰłÙŽŰ§Ù†Ù مِن Ű·ÙÙŠÙ†Ù

Ű«ÙÙ…ÙŽÙ‘ ŰŹÙŽŰčَلَ Ù†ÙŽŰłÙ’Ù„ÙŽÙ‡Ù مِن ŰłÙÙ„ÙŽŰ§Ù„ÙŽŰ©Ù مِّن Ù…ÙŽÙ‘Ű§ŰĄÙ مَّهِينٍ
Ű«ÙÙ…ÙŽÙ‘ ŰłÙŽÙˆÙŽÙ‘Ű§Ù‡Ù ÙˆÙŽÙ†ÙŽÙÙŽŰźÙŽ فِيهِ مِن Ű±ÙÙ‘ÙˆŰ­ÙÙ‡Ù ۖ ÙˆÙŽŰŹÙŽŰčَلَ لَكُمُ Ű§Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…Ù’Űčَ ÙˆÙŽŰ§Ù„Ù’ŰŁÙŽŰšÙ’Ű”ÙŽŰ§Ű±ÙŽ ÙˆÙŽŰ§Ù„Ù’ŰŁÙŽÙÙ’ŰŠÙŰŻÙŽŰ©ÙŽ ۚ Ù‚ÙŽÙ„ÙÙŠÙ„Ù‹Ű§ Ù…ÙŽÙ‘Ű§ ŰȘÙŽŰŽÙ’ÙƒÙŰ±ÙÙˆÙ†ÙŽ

RĂ©aliser la volontĂ© de Dieu sur terre est donc la raison d’ĂȘtre de l’homme. Dieu a offert Ă  l’homme le dĂ©pĂŽt – al-amĂąnah – de la libertĂ© et de la capacitĂ© (la raison, le cƓur, les sens
) Ă  faire le bien comme le mal. Aucune autre crĂ©ature dans le cosmos ne jouit de ce dĂ©pĂŽt et de la valeur que Dieu a donnĂ©e Ă  l’homme. 

« En vĂ©ritĂ©, Nous avons proposĂ© aux cieux, Ă  la terre et aux montagnes al-amĂąnah (le dĂ©pĂŽt de la libertĂ© et de la responsabilitĂ© de faire le bien et le mal). Mais tous ont refusĂ© d’en assumer la responsabilitĂ© et ils en ont eu peur, alors que l’homme s’en est chargĂ©, par injustice et par ignorance Â» .

Coran 33 : 72


Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘Ű§ ŰčÙŽŰ±ÙŽŰ¶Ù’Ù†ÙŽŰ§ Ű§Ù„Ù’ŰŁÙŽÙ…ÙŽŰ§Ù†ÙŽŰ©ÙŽ Űčَلَى Ű§Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰ§ÙˆÙŽŰ§ŰȘِ ÙˆÙŽŰ§Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù ÙˆÙŽŰ§Ù„Ù’ŰŹÙŰšÙŽŰ§Ù„Ù ÙÙŽŰŁÙŽŰšÙŽÙŠÙ’Ù†ÙŽ ŰŁÙŽÙ† ÙŠÙŽŰ­Ù’Ù…ÙÙ„Ù’Ù†ÙŽÙ‡ÙŽŰ§ ÙˆÙŽŰŁÙŽŰŽÙ’ÙÙŽÙ‚Ù’Ù†ÙŽ Ù…ÙÙ†Ù’Ù‡ÙŽŰ§ ÙˆÙŽŰ­ÙŽÙ…ÙŽÙ„ÙŽÙ‡ÙŽŰ§ Ű§Ù„Ù’Ű„ÙÙ†ŰłÙŽŰ§Ù†Ù ۖ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘Ù‡Ù ÙƒÙŽŰ§Ù†ÙŽ ŰžÙŽÙ„ÙÙˆÙ…Ù‹Ű§ ŰŹÙŽÙ‡ÙÙˆÙ„Ù‹Ű§

Dans l’univers, la volontĂ© de Dieu se rĂ©alise sous la forme de lois naturelles. L’univers – par exemple, le soleil, la mer, l’animal
 –, n’agit pas de façon morale. Car pour qu’une action soit morale, il faut qu’elle soit faite librement ; il faut pouvoir faire le bien et le mal. Or l’univers ne fait que rĂ©aliser la volontĂ© de Dieu, sans avoir la libertĂ© d’agir autrement.

Dans le monde des hommes, la volontĂ© de Dieu se rĂ©alise sous la forme d’une loi morale universelle Ă  laquelle chacun est invitĂ©, et que chacun a la possibilitĂ© d’accepter ou de refuser, en toute libertĂ©. La volontĂ© de Dieu est la meilleure loi morale que l’homme puisse suivre dans sa vie. Mais il a le pouvoir de la transgresser en suivant la loi chaotique de ses passions individuelles, des passions collectives, du conformisme aveugle Ă  la tradition, Ă  sa communautĂ© ou Ă  ses chefs religieux et politiques


L’homme, une fois qu’il passe de la Maison du Paradis Ă  la Maison de la vie sur Terre, devient le KhalĂźfah de Dieu, son vice-gĂ©rant sur Terre.

« Lorsque ton Seigneur a annoncĂ© aux Anges : ‘‘Je vais mettre sur la terre un KhalĂźfah (successeur, vice-gĂ©rant).’’ Ils ont dit : ‘‘Vas-Tu y mettre un ĂȘtre qui y rĂ©pandra la corruption et le sang, alors que nous Te glorifions et cĂ©lĂ©brons Tes Louanges ?’’ Il leur a rĂ©pondu : ‘‘En vĂ©ritĂ©, Je sais ce que vous ne savez pas !’’ Â» .

Coran 2 : 30


ÙˆÙŽŰ„ÙŰ°Ù’ Ù‚ÙŽŰ§Ù„ÙŽ Ű±ÙŽŰšÙÙ‘ÙƒÙŽ Ù„ÙÙ„Ù’Ù…ÙŽÙ„ÙŽŰ§ŰŠÙÙƒÙŽŰ©Ù Ű„ÙÙ†ÙÙ‘ÙŠ ŰŹÙŽŰ§Űčِلٌ فِي Ű§Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù ŰźÙŽÙ„ÙÙŠÙÙŽŰ©Ù‹ ۖ Ù‚ÙŽŰ§Ù„ÙÙˆŰ§ ŰŁÙŽŰȘÙŽŰŹÙ’Űčَلُ ÙÙÙŠÙ‡ÙŽŰ§ مَن ÙŠÙÙÙ’ŰłÙŰŻÙ ÙÙÙŠÙ‡ÙŽŰ§ ÙˆÙŽÙŠÙŽŰłÙ’ÙÙÙƒÙ Ű§Ù„ŰŻÙÙ‘Ù…ÙŽŰ§ŰĄÙŽ ÙˆÙŽÙ†ÙŽŰ­Ù’Ù†Ù Ù†ÙŰłÙŽŰšÙÙ‘Ű­Ù ŰšÙŰ­ÙŽÙ…Ù’ŰŻÙÙƒÙŽ ÙˆÙŽÙ†ÙÙ‚ÙŽŰŻÙÙ‘ŰłÙ لَكَ ۖ Ù‚ÙŽŰ§Ù„ÙŽ Ű„ÙÙ†ÙÙ‘ÙŠ ŰŁÙŽŰčْلَمُ Ù…ÙŽŰ§ Ù„ÙŽŰ§ ŰȘَŰčْلَمُونَ

A ce titre, il est appelĂ© Ă  exercer sa responsabilitĂ© (al-taklĂźf) envers Dieu, envers l’humanitĂ© et envers l’univers tout entier. Sa responsabilitĂ© ne doit pas ĂȘtre corrompue par l’égoĂŻsme individuelle et collectif. Sa responsabilitĂ© ne doit pas s’arrĂȘter Ă  servir les intĂ©rĂȘts de sa personne, de sa famille ou de sa communautĂ© religieuse et politique. Sa responsabilitĂ© l’engage envers toutes les crĂ©atures vivant dans le cosmos que Dieu lui a confiĂ©, dont il peut jouir librement et en toute innocence, Ă  condition de faire le bien et de rĂ©sister Ă  l’injustice.

Certains, au nom de « la religion Â», s’imaginent remplir leur engagement envers Dieu tout en se dĂ©sengageant totalement vis-Ă -vis des hommes. Par exemple, ils croient pouvoir « se marier devant Dieu (dans leur cƓur ou de façon clandestine, en petit comitĂ©), sans s’engager devant les hommes (devant la famille Ă©largie, devant le voisinage et devant la loi
) ». Or cette façon de penser est une erreur que certains musulmans, influencĂ©s par la culture individualiste, confondent avec l’islam.

D’autres, au nom de « l’écologie Â», s’imaginent remplir leur engagement envers la nature et les animaux tout en se dĂ©sengageant totalement vis-Ă -vis des hommes. Par exemple, ils sont passionnĂ©s par la cause de l’animal et sont indiffĂ©rents face Ă  l’injustice subies par les personnes dominĂ©es.

La responsabilitĂ© cosmique se distingue de la responsabilitĂ© individualiste, communautariste et nationaliste. Car elle ne confond pas les intĂ©rĂȘts individuels et collectifs avec le Bien commun universel. La responsabilitĂ© cosmique se distingue Ă©galement d’une vision rĂ©ductrice qui limite la responsabilitĂ© Ă  des devoirs uniquement envers Dieu, uniquement ou principalement envers la nature et l’animal
 Comme la vĂ©ritĂ© et l’erreur, le bien et le mal peuvent ĂȘtre partout – dans sa façon de voir et d’ĂȘtre avec Dieu, avec les hommes et avec la nature – alors chacun est invitĂ© Ă  rĂ©aliser le Vrai, le Bien commun et le Juste dans toutes les choses de la vie. 

Au regard de Dieu, la personne qui s’engage Ă  concrĂ©tiser cette morale cosmique a plus de valeur que celle qui limite son action Ă  une morale individualiste, communautaire ou nationaliste. Celle qui s’engage envers Dieu, l’homme et la nature a plus de valeur que celle qui s’engage au service de l’une de ces causes, tout en nĂ©gligeant les autres.

En acceptant cette responsabilitĂ© morale cosmique, l’homme a plus de valeur que l’ensemble de la crĂ©ation, y compris les anges qui sont pourtant parfaits et qui ne font qu’obĂ©ir fidĂšlement Ă  la volontĂ© de Dieu. L’homme est plus grand que l’ange mais Dieu est plus grand que toute la crĂ©ation.

  • L’homme est invitĂ© Ă  vivre selon le principe d’UnicitĂ© de Dieu, d’unitĂ© du monde, donc d’unitĂ© de la vie et d’unitĂ© de la famille humaine

Ainsi, l’islam est un humanisme, le seul humanisme Ă  offrir une vision universelle de l’homme, aussi positive et optimiste, tout en reconnaissant les limites de ce dernier, sa capacitĂ© Ă  faire le mal autant que le bien.

L’islam est le seul humanisme qui remet chacun Ă  sa juste place : AllĂąhu akbar, Dieu est le plus grand car Il est le seul CrĂ©ateur, le Centre de tout. L’homme est une crĂ©ature de Dieu dont la valeur est supĂ©rieure aux autres crĂ©atures, en raison du dĂ©pĂŽt de la libertĂ© et de la responsabilitĂ©, en raison des capacitĂ©s et des talents que Dieu lui a confiĂ©s. La nature a une valeur Ă©gale Ă  l’homme en tant que crĂ©ature de Dieu. Mais elle a une valeur moindre car elle n’agit pas librement mais seulement selon la volontĂ© de Dieu imprimĂ©e en elle sous la forme de lois universelles.

En effet, la vision humaniste de l’islam ne consiste pas Ă  faire l’erreur de diviniser l’homme et d’en faire le centre du monde. Elle ne consiste pas non plus Ă  diviniser la nature et d’en faire la seule envers qui nous avons des devoirs. Elle ne consiste pas non plus Ă  fausser l’image de Dieu et de la religion en croyant que l’on peut servir Dieu en desservant l’homme et la nature. Ainsi :

❝ Seul l’humanisme du tawhĂźd est authentique. Lui seul respecte l’homme en tant que crĂ©ature, sans le diviniser ni le dĂ©valoriser. Lui seul dĂ©finit la valeur de l’homme en termes de vertus, et commence son Ă©valuation par une note positive : dĂšs leur naissance, Dieu a donnĂ© Ă  tous les hommes les capacitĂ©s nĂ©cessaires pour les prĂ©parer Ă  leur noble tĂąche. Lui seul dĂ©finit les vertus et les idĂ©aux de la vie humaine en fonction du contenu mĂȘme de la vie naturelle, au lieu de le nier. Ainsi l’humanisme du tawhĂźd affirme Ă  la fois la valeur de la vie et celle de la morale.❞ 2

En islam, l’éthique est insĂ©parable de la religion : elle se base entiĂšrement sur elle. D’ailleurs, la sĂ©paration entre les catĂ©gories « Ă©thique » et « religion » est artificielle et arbitraire. En rĂ©alitĂ©, la religion – c’est-Ă -dire ses deux sources fiables : le Coran et la Sunnah authentique –, est la source mĂȘme de l’éthique. La religion contient l’éthique comme une graine qui contient dĂ©jĂ  tous les dĂ©veloppements de la fleur. Cela veut dire que la rĂ©flexion sur l’éthique doit continuer Ă  se dĂ©velopper de siĂšcles en siĂšcles, sur la base d’une religion ou d’une sagesse toujours actuelle.

La sagesse qu’enseigne le Coran ne connaĂźt pas les couples d’opposĂ©s tels que « Ă©thique-religieux Â», « politique-religion Â», « Eglise-Etat Â», « religieux-sĂ©culier Â», « sacrĂ©-profane Â». La langue arabe du Coran n’a aucun mot dans son vocabulaire pour dire « profane Â» et « sĂ©culier Â». Car la vie n’a rien de « profane » : c’est un don de Dieu et un dĂ©pĂŽt qu’Il a confiĂ© Ă  l’ĂȘtre humain. Car tout ce qui se passe dans la vie est l’occasion de rĂ©aliser la volontĂ© de Dieu, c’est-Ă -dire la sagesse.

AdhĂ©rer au TawhĂźd, c’est reconnaĂźtre la rĂ©alitĂ© : Dieu est Un. En tant que principe Ă©pistĂ©mologique, le TawhĂźd implique l’unitĂ© de la vĂ©ritĂ© que l’on peut dĂ©couvrir Ă  travers l’étude de la rĂ©vĂ©lation et de la crĂ©ation. 

En tant que principe moral, le TawhĂźd implique l’unitĂ© de la famille humaine : on ne peut pas dĂ©fendre le bien des uns en violant le bien des autres. Le bien ne se confond pas et ne se limite pas Ă  son groupe, sa communautĂ©, sa nation, sa gĂ©nĂ©ration ou son Ă©poque


Il implique Ă©galement l’unitĂ© de la personne : l’unitĂ© de ce que ce qui anime le cƓur (intentions, idĂ©es, projets
), de ce qu’exprime la langue (discours privĂ© ou public, expression culturelle
) et de ce que fait sa main (comportements, actions individuelles et collectives
). Autrement dit, lorsqu’une personne est animĂ©e d’une idĂ©e et d’une valeur, celles-ci entrent dans son cƓur puis se dĂ©veloppent naturellement dans sa façon de penser, de parler, d’agir et de vivre.

On peut mĂȘme affirmer que ceci est une vĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale : toute vision du monde a une dimension intĂ©rieure et extĂ©rieure, privĂ©e et publique, spirituelle et pratique, religieuse et politique.

D’ailleurs, on dit souvent qu’il n’y a pas d’amour mais qu’il n’y a que des preuves concrĂštes d’amour, en ce sens que si l’amour habite vraiment le cƓur d’une personne, alors il ne peut que se manifester Ă  travers des mots et des gestes d’amour, Ă  travers une façon d’agir
 Cette idĂ©e commune signifie une vĂ©ritĂ© trĂšs juste : ma bonne intention, mon bon sentiment, ma bonne valeur ou idĂ©e ne peut pas ĂȘtre uniquement thĂ©orique, confinĂ©e Ă  « moi » ou Ă  ma vie intĂ©rieure et privĂ©e. Elle n’a de sens que si elle se manifeste dans une action claire et publique. Cette vĂ©ritĂ© se retrouve dans la position des grands intellectuels français qui ont reliĂ© leur pensĂ©e et leurs valeurs personnelles Ă  l’action collective et publique. Ainsi, par exemple, Bernanos s’engage pendant la guerre d’Espagne, et il prend position contre Franco aprĂšs l’injustice qu’il a vue Ă  Majorque. De mĂȘme, Camus et Sartre ont cherchĂ© Ă  agir publiquement Ă  la lumiĂšre de leur pensĂ©e personnelle. De mĂȘme, Foucauld Ă©crit Surveiller et Punir et crĂ©e le « Groupe d’Intervention sur les Prisons ». Le lien entre pensĂ©e et action, entre valeurs personnelles et engagement public est le signe d’une volontĂ© de cohĂ©rence et d’unitĂ©.

Ainsi, aucune valeur ou idĂ©e, aucune vision du monde ne peut exister dans le cƓur d’une personne ou dans sa vie privĂ©e, sans se dĂ©velopper et s’exprimer dans sa vie collective et publique.

Être animĂ© du TawhĂźd comme vision du monde, c’est vivre sa vie publique et privĂ©e, et mĂȘme secrĂšte, sous le regard de Celui qui voit tout. C’est faire l’effort de vivre selon la volontĂ© de Dieu dans toutes les situations quotidiennes, Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur, dans la forme et dans le fond, dans sa façon d’ĂȘtre et d’agir, dans ses intentions, dans ses idĂ©es et dans ses engagements sociaux
 Cette vision offre une grande source de motivation et de discipline personnelle.

Ainsi, l’unitĂ© de Dieu, l’unitĂ© de la vĂ©ritĂ© et l’unitĂ© de la personne sont des vĂ©ritĂ©s insĂ©parables. Par nature, l’homme est capable de reconnaĂźtre la rĂ©alitĂ© et l’unitĂ© de Dieu. Depuis le premier homme – Adam –, jusqu’à ses descendants, la rĂ©alitĂ© et l’unitĂ© de Dieu est connue.

ReconnaĂźtre la rĂ©alitĂ© et l’unitĂ© de Dieu, c’est avoir al-ĂźmĂąn, c’est avoir la conviction et la certitude :

❝ Avoir conscience de cette unitĂ©, c’est ce que l’islam appelle l’expĂ©rience religieuse, al-ĂźmĂąn, c’est-Ă -dire la conviction ou la certitude. Ce n’est pas ‘’un acte de foi’’ ou une ‘’dĂ©cision’’ que l’homme prend quand la preuve n’est pas concluante. Cela ne dĂ©pend pas non plus de soi ou de son apprĂ©ciation personnelle par rapport Ă  un cas oĂč il n’y a rien d’évident et de certain : ce n’est pas un pari Ă  la Pascal ! C’est une certitude qui est si convaincante par sa propre Ă©vidence et sa rĂ©alitĂ© que l’homme doit l’admettre comme il admet la conclusion logique d’un thĂ©orĂšme gĂ©omĂ©trique.

Selon l’islam, la perception de l’unitĂ© divine arrive Ă  l’homme de la mĂȘme maniĂšre que la prĂ©sence d’une ‘’donnĂ©e dure’’ entre dans la conscience. Sa ‘’vĂ©rité’’ est aussi rationnelle, dĂ©terminante et inĂ©vitable. L’unitĂ© de Dieu signifie que Dieu seul est Dieu ; qu’il n’y a rien, absolument rien dans la crĂ©ation qui Lui ressemble, et que donc absolument rien ne peut Lui ĂȘtre associĂ©. Il est le CrĂ©ateur de tout ce qui existe, le Seigneur et MaĂźtre, Celui qui soutient et qui donne, Celui qui juge et qui exĂ©cute le jugement. Sa volontĂ© est la loi de la nature et la norme pour la conduite humaine. Sa volontĂ© est le bien suprĂȘme.

Cette conscience de l’homme est un enchantement Ă  la fois pour lui et pour le monde qui l’entoure. Elle est possessive, son objet Ă©tant Ă  la fois impressionnant et attirant. Être habitĂ© par cette conscience, c’est vivre sa vie tout entiĂšre, jusqu’au secret le plus personnel, sous le regard de Dieu qui voit tout, sous les normes de Sa volontĂ© divine qui concerne toutes les choses de la vie, et sous l’ombre d’un jugement imminent qui sera rendu selon une Ă©chelle de justice absolue. Il ne peut y avoir d’autodiscipline plus parfaite et d’auto-motivation plus efficace. ❞ 3

❝ En bref, telle est l’essence de la sharü’ah, de la culture et de la civilisation. Les musulmans l’ont appelĂ© al-tawhĂźd, qui veut dire les trois unitĂ©s que sont l’unitĂ© de Dieu, de la vĂ©ritĂ© et de la vie. C’est le fondement de leur reprĂ©sentation de la rĂ©alitĂ©, de leur façon commune de penser, d’agir et d’espĂ©rer. C’est seulement Ă  la lumiĂšre du tawhĂźd que la question ‘’Qu’est-ce que l’homme doit faire ?’’ peut trouver sa rĂ©ponse âž. 4

En conclusion, l’injustice se trouve dans la vision des choses avant mĂȘme qu’elle ne manifeste comme une rĂ©alitĂ© dans les choses. L’humanisme en tant que vision de l’homme et de sa valeur, peut ĂȘtre une source d’injustice contre « les autres Â», les « diffĂ©rents Â» ou les « infĂ©rieurs Â» et contre la nature.  

L’islam est un humanisme plus juste car il valorise l’homme sans le dĂ©valoriser ni le diviniser ; car il et le responsabilise vis-Ă -vis de Dieu et de Sa crĂ©ation sans lui prĂȘter un pouvoir absolu ni en faire le jouet impuissant du « destin Â» ; car il valorise la raison sans la mĂ©priser ni la rendre infaillible, et sans la sĂ©parer du sens de l’éthique ; car il valorise la nature comme une crĂ©ature de Dieu, sans la mĂ©priser et sans la diviniser ; car la seule diffĂ©rence qu’il reconnaĂźt comme lĂ©gitime et qu’il valorise entre les gens, c’est l’effort que chacun peut faire pour dĂ©velopper une connaissance plus juste du monde, pour s’amĂ©liorer soi-mĂȘme et rendre son monde meilleur. 

Notes

  1.  Radhakrishnan, Indian Philosophy, p. 443.
  2. Al-FĂąrĂ»qĂź, Ismñ’ïl RĂąjĂź (1982), Al-TawhĂźd. Its implications for Thought and Life. International Institute of Islamic Thought, Virginia, USA, p.64.
  3. Al-FĂąrĂ»qĂź, Ismñ’ïl RĂąjĂź (1982), Al-TawhĂźd. Its implications for Thought and Life. International Institute of Islamic Thought, Virginia, USA, p.64-65.
  4. Al-FĂąrĂ»qĂź, Ismñ’ïl RĂąjĂź (1982), Al-TawhĂźd. Its implications for Thought and Life. International Institute of Islamic Thought, Virginia, USA, p.65.

2 comments

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