Le sens de la shahādah

Pour adhérer à l’islam, on doit témoigner personnellement : « Il n’existe aucun dieu en dehors de Dieu l’Unique et Muhammad est son prophète ». En affirmant ceci, on rejoint la communauté des musulmans, de ceux qui ont choisi de suivre la voie de Dieu, la voie du plaisir innocent, de la vertu et de la justice sur terre. Cette affirmation n’est pas qu’une parole : elle naît dans le cœur et dans l’esprit sous la forme d’une conviction et d’un désir de plaire à Dieu ; elle se développe sous la forme de paroles et d’actions au service du Bien commun. Elle implique d’être humble et de se soumettre à la volonté de Dieu ; donc d’accepter d’être le vice-gérant de Dieu sur terre ; donc de faire l’effort d’agir selon la sagesse ; donc de défier tout tyran et tout autre personne ou chose qui se prendrait pour Dieu ; donc de courir après deux bonheurs, dans cette vie et dans la vie dernière.

Témoigner que « Muhammad est son prophète », c’est reconnaître que son message est bien un message divin, que sa personne est exemplaire pour toute personne qui désire plaire à Dieu. C’est accepter de prendre le Coran comme une source pour connaître la réalité, pour définir le sens de la morale et du bonheur, pour connaître la meilleure voie à suivre dans cette vie. C’est reconnaître que le prophète est « un Coran en marche », qu’il nous montre comment actualiser le Coran, comment le faire marcher dans la vie quotidienne individuelle et collective. C’est reconnaître que ce qu’il a dit, fait ou approuvé dans le cadre de sa mission de prophète, est la synthèse et l’illustration pratique du message du Coran. La Sunnah du prophète – c’est-à-dire la voie qu’il a prise et qui se manifeste dans ce qu’il a dit, fait ou approuvé dans le cadre de sa mission de prophète –, est l’explication du Coran par sa mise en pratique. Grâce à la Sunnah, le musulman peut voir comment vivre concrètement l’islam dans la vie quotidienne. La Sunnah nous est connue sous la forme de récits ou de hadiths.

L’authenticité du Coran ne fait aucun doute : il a été appris par cœur et mis par écrit au fur et à mesure de sa révélation. Le même Coran est récité partout dans le monde, depuis la mort du prophète, tous les jours dans les prières individuelles et collectives quotidiennes. Chaque année, pendant tout le mois de Ramadan, il est récité en totalité par les musulmans du monde entier. Les plus anciens manuscrits du Coran sont une autre preuve de son authenticité.

Comme le Coran est la Parole de Dieu, pour aucune raison la prière du musulman ne doit être interrompue – car dans la prière, le musulman est censé se tenir en présence de Dieu. Mais s’il fait la prière derrière un imâm, le musulman a le devoir d’interrompre ce dernier s’il commet une erreur dans sa récitation du Coran, et de le corriger à haute voix.

Enfin, au moment même où le Calife Othmane (644-656 AH) collectait les fragments existants du texte du Coran et les diffusait sous la forme de livres, des conflits internes et une lutte pour le pouvoir divisaient la communauté musulmane. Pendant des décennies et des siècles depuis, les groupes ont poursuivi leurs querelles sanglantes, chacune justifiant son cas par des arguments et des citations du Coran. Mais personne n’a jamais accusé l’autre d’utiliser une version falsifiée du Coran. C’est ainsi que le Coran a réussi à passer avec brio l’épreuve de l’authenticité et de l’histoire. 

A l’inverse, l’authenticité des récits ou hadiths qui composent la Sunnah n’est pas aussi incontestable que l’est le Coran. Les musulmans savent parfaitement que la Sunnah a été mélangée à de faux récits transmis durant les quatre premières générations. C’est pourquoi ils font attention à qualifier chaque récit ou hadith attribué au prophète de « sahîh », c’est-à-dire de vrai, de vérifié ou d’authentique. Pour filtrer les faux hadiths ou récits attribués injustement au prophète, les musulmans ont perfectionné les sciences de la critique textuelle et élaboré les disciplines les plus sophistiquées pour critiquer et vérifier la véracité historique des chaînes de narrateurs, de chaque hadith, de la forme ou du langage, de la rationalité du contenu et de sa cohérence avec le saint Coran, avec la réalité historique et avec la sagesse accumulée de l’humanité. 

Par amour et par respect pour le prophète, les musulmans ont conservé tous les récits ou hadiths attribués au prophète, mais ils les ont classés selon différents degrés d’authenticité. 

Le prophète n’est pas venu vers les gens avec des miracles pour prouver la véracité de sa mission. Car les miracles sont inexplicables, échappent à la capacité humaine de les comprendre. Bien plutôt, il est venu avec le Coran, un Livre qui parle à hauteur d’homme, qui interpelle le cœur et la raison de chacun, qui accepte de passer l’épreuve de la critique. Le Coran ne commande pas de « croire », de suivre une « croyance » aveugle mais invite l’homme à observer, à considérer les preuves, à comparer les affirmations et les données, et à ne se décider qu’une fois assuré de la vérité. C’est pourquoi l’islam n’a pas de clergé, d’Eglise, de synode ou de concile de religieux qui décide de ce que les gens doivent croire.

Enfin, témoigner qu’« Il n’existe aucun dieu en dehors de Dieu l’Unique et que Muhammad est son prophète », c’est accepter que la vérité de la religion soit soumise à la réflexion, à l’argumentation et à la critique objective. C’est accepter de participer à un débat ouvert où chacun peut convaincre les autres et se laisser convaincre. Témoigner qu’« Il n’existe aucun dieu en dehors de Dieu l’Unique », c’est accepter une vérité rationnelle que chacun peut soumettre à la critique sans suivre aveuglément une autorité religieuse et sans subir de contrainte. 


Cet article est basé sur le livre de Ismail Raji Al-Faruqi, Islam. Religion, Practice, Culture & World Order. Edition International Institute of Islamic Thought. London, Preface.

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Mounir

Article très éclairant. Merci !